L'art est-il accessible à tous ? - Interview Igor Dumont de Chassart

L’art est-il accessible à tous ? – Interview Igor Dumont de Chassart

L’art est-il accessible à tous ?

D’une part, je dirais que l’art n’est pas accessible à tous car il demande une certaine connaissance des techniques artistiques ainsi que son contexte historique afin de comprendre une œuvre. D’autre part, l’image élitiste de l’art s’estompe peu à peu pour faire place à une forme d’art qui s’adresse à toute la population. Un marché de l’art « abordable » se développe grâce à la crise. Vous pouvez trouver des œuvres de qualité à petits prix sur des sites tels que  carré d’artistes. Cela dit, l’art pour l’élite et les collectionneurs chevronnés à encore de beaux jours devant lui et ne disparaîtra jamais.

Pour répondre à cette question intéressante, j’ai souhaité avoir l’avis d’un professionnel tel que Igor Dumont de Chassart gérant, collectionneur et mécène de la galerie Andy Marhol à Bruxelles.

 

Igor Dumont

Igor Dumont de Chassart

Quelle est ta vision du métier de galeriste ?

Une vision simple et passionnante, ma galerie est une des seules à être dirigée par un artiste, étant moi même peintre et sculpteur. J’ai donc un très grand respect pour les artistes que je défends et il est primordial que nos ententes soient parfaites. Ma galerie s’inscrit dans la recherche d’un art de qualité restant accessible à ce que j’appelle le coup de cœur du client. Le métier a beaucoup changé et avec la disparition progressive des mécènes, l’intrusion massive d’internet, le public est non seulement devenu très exigeant, mais est de mieux en mieux informé. La société évolue, l’art se démocratise et s’apparente de plus en plus à de la décoration, au grand dam des collectionneurs mondiaux qui aujourd’hui, se voient obligés de fonctionner sur ventes privées, salle de ventes ou salon internationaux …

Pourquoi l’art et la décoration ne seraient-ils pas complémentaires ?

Ils le deviennent et ne devraient pas l’être. Historiquement, une œuvre devait pouvoir exister par elle-même… Parler d’elle-même… Auparavant, les artistes ne cherchaient pas particulièrement à plaire … Mais eux aussi changent et deviennent des « commerciaux ». J’essaye de défendre une gamme d’artistes qui restent authentiques et ont une vraie signature.

Que penses-tu du partenariat des artistes avec le monde de l’industrie ?

Le monde de l’industrie possède des moyens considérables et sont encore de grands mécènes. Les banques, compagnies d’assurances, le cirque du soleil, etc…
Maintenant, des sociétés produisent des répliques, achètent des droits pour produire en masse des tirages,  cela me désole, Je ne pourrais pas accrocher chez moi une œuvre qui n’est pas unique ou qui n’a pas un tirage limité certifié par l’artiste.

Qu’est-ce que l’art peut apporter à monsieur « tout le monde » ?

On pourrait faire une conférence sur cette simple question mais je résumerais par ceci : le plaisir que l’œuvre vous apporte lorsque vous en faite l’acquisition. Ce plaisir peut être multiple et provenir de votre simple émotion, comme du parcours de l’artiste ou de l’œuvre elle-même.

Faut-il être riche pour avoir une œuvre d’artiste chez soi ?

Non certainement pas. Il existe bon nombre d’œuvres de très grande qualité à des prix très raisonnables. Ma galerie s’inscrit dans ce créneau : la découverte de jeunes artistes qui ont un potentiel de plus-value et je crois ne pas trop souvent me tromper. On commence une collection par des coups de cœur et on la continue par passion.

Existe-t-il des facilités de paiement (paiements échelonnés) ?

Oui bien sûr, vu les conditions économiques et le fait que beaucoup de jeunes désirent s’offrir une œuvre, il faut s’adapter. Pour ma part, j’accepte des acquisitions en trois mensualités.

Les acheteurs sont-ils toujours des connaisseurs ?

Non mais dès qu’ils s’intéressent à une œuvre ou à un artiste en particulier, il est très important de les informer de la manière la plus complète et sérieuse possible. Beaucoup iront vérifier sur internet et la compétence du galeriste sera un atout de confiance très décisif.

En général, quel est le profil de tes clients ?

Cela va du grand collectionneur qui recherche une nouvelle émotion hors des circuits traditionnels
de vente au jeune ménage qui souhaite simplement s’offrir une belle pièce majeure pour finir la décoration de leur maison. Mais mon client favori est celui qui entre dans la galerie par hasard et sans aucune intention d’acheter, mais qui repart avec un énorme coup de cœur.

Edo Kaaij

huile sur toile « Kimono » de Edo Kaaij (Hollande) 110 X 160 cm

Les acheteurs fonctionnent-ils au coup de cœur ou cherchent-ils à coordonner avec le style de leur intérieur ?

Beaucoup commencent avec un coup de cœur, mais finissent par raisonner et de plus en plus recherchent une œuvre en harmonie avec leur espace de vie. Il est loin le temps où on changeait la déco pour accueillir une œuvre… Mais il en reste !

 

Est-ce possible d’avoir une œuvre « sur-mesure », à la carte ?

Certains artistes l’acceptent d’autres ont un refus catégorique. Un artiste est un électron libre et c’est son seul luxe. Lorsque cela est possible, j’aime que les clients rencontrent l’artiste et fassent l’effort de rentrer dans son univers. On part alors dans une dimension plus humaine et créatrice. Si ça ne colle pas entre eux, ça n’ira pas.

Kurar 2

pochoir sur papier coton format A1 numérotée sur 8 exemplaire de Kurar (France)

Les gens affirment-ils leur goût ou ont-ils besoin de conseils ?

Dans mon créneau, ils affirment en général leur goût. Les conseils sont réservés aux jeunes collectionneurs pour les orienter vers des artistes qui ont déjà une maturité et une évolution (en terme de cotation) significative et puis il y a les gros collectionneurs où là, la conversation devient un échange de points de vue qui se révèle parfois très révélatrice pour moi

Travailles-tu souvent avec des décorateurs ou architectes d’intérieurs ?

J’aime ça ! Ils connaissent mes choix artistiques et mes compétences… Dès lors, le client sait qu’en entrant dans la galerie, il trouvera ce qu’il cherche et si tel n’est pas le cas, je l’orienterai vers un confrère… Néanmoins, je constate qu’encore peu de décorateurs et architectes d’intérieurs se lient avec des galeries…

Quel serait ton idéal dans ce métier ?

J’aimerais beaucoup que les gens reviennent à l’art pour l’art ! Comme je l’exprimais plus haut, je constate que la démocratisation de l’art désert les œuvres, le contexte de leur naissance. Même pour les artistes contemporains, le grand public ne fait plus l’effort de comprendre pourquoi l’artiste a réalisé tel ou tel œuvre.

Penses-tu que l’art est accessible à tous ?

Je vais être très dérangeant en disant ce qui va suivre… Oui l’art est accessible à tous en termes d’acquisition financière mais pas en termes d’acquisition culturelle…

Si vous souhaitez développer certains points en détails, je vous invite à poser vos questions.

A propos de Dominique Gringoire

L’espace, le concept, la décoration, la mise en scène d’intérieur sont les domaines dans lesquels j’exerce ma créativité. Dans mes réalisations, j’ose les contrastes et le mix de style, je compose joyeusement entre couleurs, matières et formes ; mais je peux aussi être à l’aise dans un style monochrome, épuré, minimaliste

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